Amen Viana

AIRPLANE, ECRIS TON NOM…

Au commencement du monde, le premier son est un riff de guitare. Monterey , moins cinq milliards d’années. Le soir est en train de tomber sur la grande faille californienne et Dieu est sur scène. Voilà un épisode méconnu de la Création. Il y a quelques jours, une discussion aborde ce sujet avec Amen Viana, énorme guitariste de rock, total fondu dans le sound métis, une sorte de prototype acoustique nourri au fleuve noir et au garage américain. Il me regarde et me pose la question:  » Tu penses, man, que Dieu est un Arteur ? » Il y a des trucs auxquels l’homme ne répond pas. Ce concert initial, j’ai encore le ticket dans mon portefeuille.


Quarante-quatre ans , la silhouette séchée dans le son, le regard qui circule, voltaïque et subliminal, Viana est une forme de concentré… cosmique. Dans ses veines, coule le sang d’ Hendrix et la lumineuse incantation de Clapton. Des eaux s’engouffrent, sombres et somptueuses. C’est le sound descendu de la chair africaine à la rencontre des gazelles white, grandi dans le jazz, le rap et les cantates de Pergolèse. Ce type sait! Et l’idée du concert, lui véhicule le spirit depuis le commencement:
« La scène, c’est d’abord l’idée du partage. La communication avec le public est une chose, pour moi… essentielle. Ce n’est pas une histoire de lieu, de grandeur de salle, même si le stade reste le rêve. Je veux dire que tu communiques le son dans une cave, dans une maison », explique-t-il en réglant son ampli. Trois notes pour commencer. Tiens, c’est Jimmy, justement à Monterey, 1967.

« L’époque… C’est fantastique de liberté. Il n’y a plus de limite, je suis totalement en phase avec ces années, parce qu’il y a la musique, le message, la performance aussi. Tu te rappelles Hendrix en train de jouer l’hymne américain avec les dents. Ça a un sens.  » Pour mémoire, on est en pleine revendication sur les campus, des émeutes de Detroit et de Chicago. Le FBI assassine les leaders blacks, Hoover promet la mort aux Panthers. Et la musique monte. L’hymne à la liberté, à la rencontre, au « Flower power », le droit à l’école et à la santé. No limit.
Depuis qu’il a touché sa première gratte dans les années 1990, Amen poursuit ce son à la trace. Autour de lui, dans son salon intime, l’Afrique est là, « parce qu’elle génère le son originel ». Fela et Keziah Jones bien sûr qui sont arrivés de Lagos, mais aussi les Ghanéens d’Osibisa, « c’est un mélange permanent, tu as des gens fabuleux de tous les côtés. Le message, il est là. Ecoute Skunk Anansie, une chanteuse africaine et trois musicos white, la rencontre. » Et puis Living Colour, dans cette Amérique plus blanche que blanc, raciste et déjantée.


Il y a quelques années, Viana est en concert à Cologne. « A un moment la fille qui chante, une rappeuse, offre au premier rang des fleurs. J’ai vu les gens qui pleuraient. Le public en larmes que cette jeune fille leur offre ce cadeau. » Et s’il rejoint aujourd’hui la troupe de Kossi, Viana l’explique de la même manière. « On a réfléchi à ça, de venir chez les gens et de jouer pour eux, d’être dans leur maison, et de mettre la musique partout. On a pensé à ce type de performance physique, mais aussi avec ce que la technologie nous offre, de jouer sur les plates-formes, dans de la virtualité vraiment chaleureuse.  » Tout est possible. Il n’y a pas de murs. Le son traverse l’espace et descend de son airplane. Hey Joe, tu l’entends le sound ?


Roger Calmé (ZO mag’)