Jacqueline Sacré

LE LIEN NECESSAIRE

L’obscur et le lumineux. La matière et la spiritualité qui s’en dégage. Si Jacqueline Sacré se retrouve aujourd’hui dans cette première équipe des Arteurs, ce n’est certainement pas un hasard. Ces chemins étaient faits pour se croiser. Quand il explique son coup de cœur, outre la qualité du travail plasticien, Kossi Homawoo souligne « le caractère africain » de la démarche. Dans la dernière séquence, débutée au moment du premier confinement, l’artiste toulousaine est allée au bout de son jardin démonter une ancienne cabane. Ce sont ces planches, ces piliers noircis, ces matières usées, porteuses d’une puissante mémoire, qu’elle a intégrés dans sa sculpture. Une démarche qui est aussi celle des créateurs du Continent. L’objet, qui trouve une nouvelle fonction, un nouveau dialogue avec le monde des hommes.

Pour dire en quelques mots, le parcours de Jacqueline Sacré, on remarque avec étonnement que la conclusion créatrice est tardive. Après ses études d’art, elle a travaillé dans l’architecture, puis elle a enseigné à des enfants le bonheur du dessin et de la gouache. « C’était inquiétant cette façon que l’on avait dans l’enseignement de tuer la spontanéité. » A cette époque déjà, elle expérimente les supports. Mais ce n’est qu’en 2000, qu’elle ouvre la porte de l’atelier. Peindre sa propre peinture, sur une réalité qui porte en germe tout ce qui va suivre.

 

Le déclic a été un voyage en Galice où elle découvre « des villes neuves et vides, ou encore des zones de pavillons abandonnées. Plus personne n’y habitait. Parce que c’était la crise et les gens n’en avaient les moyens. Des maisons vides, des intérieurs abandonnés, de restes de repas sur la table… Et en même temps cette nature qui revenait. Des arbres, des herbes qui poussaient au milieu. »

« La peinture de Jacqueline est une peinture grave. Elle aborde des sujets qui sont la solitude, l’absence de communication, ce qui est le cas de son travail récent durant le confinement. Mais il s’agit en même temps d’une conscience vive. Je pense qu’on peut y voir d’abord une urgence de renouveau, une nécessité de se relever. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui en Afrique un acte de résilience. », poursuit Kossi, très convaincu par les déclinaisons qu’ils ont travaillé ensemble.

Dans son premier catalogue, les Arteurs se sont orientés vers le développement des plaques en plexiglas et la projection du tableau sur le support. La source d’éclairage LED permet de mettre en évidence cet usage puissant des noirs et des gris, le voisinage des rouges dans le carbone, qui entretient l’incandescence et la puissance du four nourricier. C’est dans cette matrice que l’avenir prend forme. Sombre et lumineux tout autant, les tableaux de Jacqueline Sacré rétablissent le lien nécessaire entre les humains, entre les temps et les matières.

RC (ZO mag’)